AYAKO

Note d’intention :

« Tu te souviens des jours heureux ? Non, sans doute pas, mais il y en a eu Ayako. Moi je m’en souviens, ce n’était pas des rêves. Ils ont existé et ils peuvent encore revenir à la vie. […] Alors pense à eux. Accroche-toi. Combat. Combat ta peur. » L’homme au masque humain, Scène 5, AYAKO.

Ayako est une jeune femme solitaire. Au début de la pièce, elle se trouve dans sa chambre. Par la suite elle découvre une petite porte qui l’emmène dans un autre univers. Après avoir fait le choix d’entrer dans ce nouveau monde, il lui faudra affronter de nombreux obstacles pour revenir d’où elle vient, et elle devra accomplir sa quête : retrouver le miroir qu’on lui a volé.

Cet autre univers est le sanctuaire d’Ayako, qui représente la dépression dans laquelle elle entre progressivement. La pièce retrace d’un point de vue métaphorique chaque étape de cette descente aux enfers.

AYAKO est une pièce onirique et poétique. C’est une histoire actuelle, qui vient faire écho en chacun d’entre nous. Elle nous montre grâce au prisme de l’imaginaire et du rêve un des maux qui ronge notre société : la dépression.

L’idée d’AYAKO est née d’une volonté de mettre en lumière les sentiments enfouis et cachés à l’intérieur de nous-même.  C’est dans ce but que j’ai voulu mettre en scène un théâtre intime. AYAKO n’est ni une apologie de la dépression ni une leçon de morale, mais une réflexion menée sur ce mal, sans jugement.

Le motif de la dépression de ce personnage n’est pas explicité dans la pièce. Ce choix témoigne d’une réelle volonté de laisser la possibilité à chaque spectateur de s’identifier à cet état avec sa propre sensibilité et sa propre expérience. Tout le monde ne supporte pas les épreuves de la vie de la même manière, et chacun a son propre seuil de tolérance.

La pièce puise ses inspirations dans le monde onirique et initiatique d’Alice aux pays des merveilles de Lewis Carroll, dans l’univers fantasmagorique de Tim Burton, dans celui d’Hayao Miyazaki, ainsi que dans le théâtre nô et son rapport au masque. En effet, hormis Ayako, tous les personnages portent un masque.

De nombreux moyens techniques sont utilisés afin d’emporter le spectateur dans cet univers et de lui faire vivre une expérience visuelle unique : projection vidéo, lumière noire, dédoublement, masques… Sur un plateau épuré, Ayako pourra voyager et se retrouver dans de nombreux lieux différents. Les personnages évoluent sur un plateau avec quasiment aucun accessoires afin de relever l’importance de ceux présent, de donner du poids aux projections vidéos et aussi de laisser place à l’imaginaire du spectateur.

Ayako est l’illustration de la quête d’une jeune femme à un stade de dépression avancé. Elle est à la recherche de son miroir, celui qui la rassurait, la comprenait. Tout au long de sa quête Ayako fera diverses rencontres symboliques : la voix de la raison, ses proches, des ombres qui s’amusent… qui lui font peur et lui proposent une aide, un soutien qu’elle refuse.

Au terme de son « voyage », Ayako finira par prendre conscience que les personnages qui l’entourent ne sont que des projections d’elle-même et que le miroir est le symbole de son enfermement et de sa dépression.

Ayako apparaissait comme une jeune femme fragile et faible, mais il n’en est rien. C’est une femme forte, prête à aller jusqu’au au bout du chemin, quelles qu’en soient les difficultés, afin de découvrir la vérité, sa vérité.

« Ton regard sur la vérité, sur ta vérité, à ce moment-là, il te faudra la regarder en face, ne détourne pas le regard ma jeune enfant. En seras-tu capable? » L’homme au masque blanc, Scène 10, AYAKO.